The Ovahimba Years
A Transdisciplinary Ethnography in Namibia and Angola
Petite Rina
Les années Ovahimba
Une ethnographie transdisciplinaire en Namibie et Angola

RAPPORT D’ETAPE

Octobre 2003


INTRODUCTION

« Les années Ovahimba » est un programme à long terme de recherche et de développement communautaire.

Le projet a été initié à Paris en 1997. L’année suivante, il a été étendu en Namibie, d’abord à Windhoek et ensuite à Opuwo, dans la région Kunene, au pays des Ovahimba. Vers le milieu de 1998, nous avons commencé nos premières études de recherche à Etanga, un village au nord-ouest d’Opuwo. Depuis, nous avons été actifs dans des domaines de la recherche et du développement communautaire à Etanga et ses environs, tels que Kaoko-Otavi, Okanguati, et Ehomba. Puis, plus récemment, nous avons pu entreprendre deux voyage de repérage dans des régions du sud-ouest d’Angola.

A g. Dégustation de cervelle de chêvre.
A d. Rina Sherman avec Tjimbosi et Uapepererua Etanga, Namibie

Durant les premiers temps sur le terrain, nous avons porté notre attention sur nos études variées de l’héritage culturel des Ovahimba afin d’acquérir une vue globale du contexte local et de l’environnement. Progressivement, notre attention s’est déplacée de la recherche pure à une approche plus pratique, celle de l’anthropologie appliquée, où la recherche et le développement se complémentent dans une vision globale.

Nos années de recherche se sont révélées avoir constitué un processus essentiel pour le développement des projets communautaires. Sans une connaissance de fond de la communauté, la mise en place de projets ne présentera pas une intégration contextuelle nécessaire pour les rendre durables.

RECHERCHE

• Pôle de recherche triangulaire. En janvier 2002, nous avons initié la création du Pôle triangulaire de recherche (PRT), entre le Laboratoire d’anthropologie visuelle et sonore du monde contemporain de l’Université de Paris 7, le Département de langues africaines de l’Université de la Namibie (UNAM), et le projet « Les années Ovahimba ». La création de ce pôle a été possible grâce à un premier financement du Ministère des Affaires étrangères. Le but principal de cette association triangulaire est de promouvoir et de développer la coopération dans la recherche et des échanges universitaires entre la France et la Namibie.

• Exposition : Les années Ovahimba Travaux en-cours En juillet 2002, nous avons réalisé une première exposition multidisciplinaire dans la gallérie du Centre Culturel Franco-Namibien (CCFN) à Windhoek. L’exposition présentait une tranche de vie Ovahimba sous forme de performances d’un groupe de jeunes d’Etanga, des paysages sonores évoquant la vie quotidienne et des cérémonies rituelles, des photographies et des dessins, des images vidéo inédites, des films, et une série de conférences.

Résultats à venir :

La tâche majeure restant à achever dans le cadre du projet « Les années Ovahimba » est la mise en forme de la collection complète de données. Cela consiste à :

- Films. Monter un long-métrage sur la vie quotidienne et rituelle des Ovahimba d’Etanga, mais aussi une collection de films-courts sur des sujets thématiques particuliers comme le culte des esprits, les cérémonies spéciales telles la circoncision, l’hygiène féminine, les coiffures, les méthodes de construction de l'habitat, etc.

Domaine familial de Mutiri Mbendura,
Chef Omuhimba, Otjiheke, Angola

- Catalogue. Créer un catalogue d’après notre collection de données, recueillie sur le terrain depuis sept ans. Chaque texte, photographie, dessin, enregistrement sonore et vidéo, est indexé avec des mots-clefs pour permettre des recherches multimédias croisées.

- Archivage. Dupliquer numériquement les enregistrements vidéo et sonores et archiver les originaux séparément, avant de les faire transcrire et traduire. Monter des enregistrements de musique et de chant Ovahimba et les transférer sur CD-Rom. Scanner les négatifs et les diapositives et sauvegarder sur CD-Rom.

- Publications. Écrire un mémoire à partir des sept années d’observation et de participation dans la vie quotidienne Ovahimba. Écrire des articles sur des sujets spécifiques (Le travail sur le terrain, Les informants et les assistants du terrain, Anthropologie et Développement, Anthropologie appliquée, etc.). Préparer pour la publication des sélections de photographies et de dessins autour de thèmes particuliers, telles les cérémonies de danse, ou la transcription visuelle des quatre-vingts dix noms utilisés par les Ovahimba pour décrire leurs bovins.

Les publications des résultats de recherche seront à la fois destinées à la communauté universitaire et le grand public.

Des contacts sont en cours pour des expositions à venir en Afrique du Sud, Angleterre et France. De telles expositions seront accompagnées par des performances Ovahimba, des séminaires et des projections de films. Une dimension éducative sous forme d’échanges entre les hôtes Ovahimba et des producteurs de bovins locaux est à prévoir pour chacun des pays d’exposition.

A g. Deuil collectif
A d. Chef Omuhimba, Mutiri Mbendura, Otjiheke, Angola

DEVELOPPEMENT COMMUNAUTAIRE

Durant la période de 1998 à 2003, en sus de nos études de recherche sur l’héritage culturel Ovahimba, nous nous sommes impliquées dans des projets de développement communautaire à Etanga et sa région.

• Nous avons réalisé le remplacement du système défectueux d’approvisionnement en eau de la communauté à Etanga.

• Nous avons entrepris plusieurs projets en commun avec le Northern Livestock Development Programme (Nolidep) à Opuwo :

- Nous avons filmé plusieurs recensements de végétation (« fodder walks ») à bétail, pour palier au problème crucial du surpâturage dans la région.

- Nous avons initié et participé à la réhabilitation partielle et au développement du Rest Camp d’Etanga.

- Sur la demande des groupes de travail contre l’abus d’alcool à Opuwo et le Service Social du Ministère de la Santé de Namibie, nous avons produit et réalisé le film Kurakurisa Ouruvi - Shake Your Brains, un film sur l’abus d’alcool dans le pays Ovahimba. Le film permettait aux habitants de la région de s’exprimer par rapport aux conséquences dévastatrices de l’abus d’alcool sur leurs familles et communautés. Après la première à Windhoek, le film à été utilisé, dans les écoles et hôpitaux, pour une campagne de conscientisation.

• En 2000, nous avons assisté les jeunes d’Etanga dans la création du Veripaka Youth Club of Etanga. Le club a été créé pour regrouper ces jeunes, et leur permettre d'organiser des actions de formation continue et des projets communautaires avec les chefs et conseillers traditionnels.

• En 2001 et 2002, nous avons été à l’origine de l'obtention de crédits pour plusieurs secteurs de la communauté d’Etanga :

- Le bureau de coopération de l’Ambassade d'Espagne a financé pour deux années l'achat du matériel et de l’équipement pour l’école primaire d’Etanga.

- L’Ambassade d’Allemagne a fourni des panneaux solaires à la communauté. Ceux-ci seront mis en service dans le Centre de Ressources Communautaires d’Etanga (CRCE), actuellement en cours de construction.

- Le British High Commission et l’Ambassade du Pays-Bas ont offert du matériel informatique et d’ameublement pour ce même centre.

- Le Michelle McLean Children’s Trust a donné des fournitures de couchage pour les internes de cette école qui dormaient auparavant sur le sol en béton nu.

• Durant cette même période, nous avons pris en charge la recherche de financements pour le Centre de Ressources Communautaires d’Etanga. Le but principal du Centre est de lutter contre la pauvreté en mettant en place des programmes de formation pour jeunes et adultes, et en initiant des activités commerciales.

• En 2002, la Société namibienne de pêche, NAMSOV, a donné son accord pour financer la construction du Centre de Ressources Communautaires d’Etanga. Conçu par Kerry McNamara Architects, la construction du Centre de Ressources Communautaires d’Etanga est en cours.

• Le Fonds Social pour le Développement (FSD) de l’Ambassade de France à Windhoek finance l'achat du matériel d'ameublement et une partie de l'installation opérationnelle.

• Aujourd'hui, notre préoccupation principale est l’installation et la mise en place des programmes du Centre à Etanga.

A g. Soirée de mécénat, Windhoek.
A d. Réunion de présentation de la DCC, Etanga, Namibie

- Volontaire. La Délégation Catholique pour la Coopération (DCC) a désigné une volontaire au Centre de Ressources Communautaires d’Etanga pour une période de deux ans. Alexandra Carrie arrivera à Etanga au début de 2004, et occupera le poste de gestionnaire-comptable. Elle sera responsable de la mise en place du Centre, et de la formation d’une équipe de gestionnaires et administrateurs financiers.

- Formation. En 2004, le University Centre for Studies in Namibia (TUCSIN) proposera une formation en Relations publiques pour des membres de la communauté d’Etanga. Cette formation inclura des matières suivantes : Anglais, Anthropologie culturelle, Histoire, Archéologie, Droit.

- TUCSIN Alumni Committee, un comité d’anciens boursiers du TUCSIN a été créé pour développer d'autres programmes de formations à court et moyen terme.

- Des copies de nos travaux de recherche (images vidéo, photographies, textes) « Les années Ovahimba » seront données au Centre et pourront être utilisées en exposition pour des activités touristiques éco-culturelles.

CONCLUSION

Le projet « Les années Ovahimba » est actuellement dans sa septième année d'activité. Ces années de recherche nous ont munies de perspectives sur la communauté qui se sont révélées essentielles pour le développement des projets mentionnés. De même, les observations faites durant la mise en place de ces projets, sont venues enrichir nos études de recherche.

Le Centre de Ressources Communautaires d’Etanga est en cours de construction, sa mise en place a commencé et continuera de se développer sur les deux ans à venir. Nous participons à un processus dans lequel la communauté est en train de prendre en main son propre avenir. Ce faisant, elle crée des prémisses pour la préservation de son identité culturelle tout en ayant une plus large participation en tant que telle dans le contexte global.

PERSPECTIVES

À la suite de deux séjours de terrain dans le Sud-ouest d’Angola, nous envisageons d’entreprendre une étude de longue terme sur cette région des peuples de langue Otjiherero. Le but de cette étude est d’élargir le champ de la recherche sur l’héritage culturel des Ovahimba entrepris à Etanga, afin de détailler la culture matérielle et immatérielle du paysage culturel qui réunit, de part et d’autre de la rivière Kunene - frontière entre la Namibie et l’Angola -, ces peuples (Ovahimba, Ovakuvale, Ovadhimba, Ovagambwe, Ovahakaona, Ovatua, et d’autres petits groupes).

A g. Femmes Ovacaroca, St João do Sul. Milieu : Femme Omukuvale, Virei
A d. Cimetière Ovahimba, Otjiheke, Namibe, Angola

                Ces populations qui se trouvent dans les régions arides du Nord-ouest namibien et du Sud-ouest angolais vivent en contact permanent et intérimaire les unes avec les autres. Elles ont un même système de croyances ancestrales, une langue commune et des modes de vie semblables. En dehors de documents datant de la première moitié du vingtième siècle (Cf. Le Père Estermann), les cultures matérielle et immatérielle de ces peuples sont peu connues.

Cette étude pourrait permettre le dépôt d'une demande transfrontalière (Namibie - Angola) de classement au titre de Patrimoine immatériel de l'UNESCO.

                Alertées par la menace de disparition de l’art funéraire Mbali, nous avons entrepris une pré-étude sur cet art dans la ville de Namibe. Pratiqué par les descendants angolais des esclaves recrutés par les colonisateurs portugais, cet art bi-culturel de stèles funéraires présente un exemple rare d’art africain en pierre. Aujourd’hui, les stèles restantes se trouvent menacées de disparition, dû aux vols, vandalisme et autres intempéries.

A g. Fête ouvrière Kimbali. Milieu : Stèles funéraires Mbali, Cimetière de Namibe.
A d. Mère et fille Kimbali lors d’une rite d’initiation.

Nous avons pu repérer et documenter un cimetière à Namibe et un autre partiellement à Saco do Mare, près de Namibe. Le repérage et la documentation de plusieurs autres cimetières nécessiteront un travail de fouille et de désensablement dans certains cas.

L’art funéraire Mbali est très peu connu, mais témoigne d'une acculturation dynamique exceptionnelle. Ce processus est également présent dans les cérémonies de rites de passage qui sont encore pratiqués de nos jours.