The Ovahimba Years
A Transdisciplinary Ethnography in Namibia and Angola
Petite Rina
Les années Ovahimba
Une ethnographie transdisciplinaire en Namibie et Angola

ETANGA, WINDHOEK,

PARIS ALLER-RETOUR

Le 24 janvier 2002

Le projet Les années Ovahimba est dans sa cinquième année !

2001 fut une année charnière pour Les années Ovahimba. La fermeture du campement de base d'Etanga a changé les paramètres pour ceux qui travaillaient dans le projet de même que pour les membres de la communauté. Ce fut un temps d'évaluation, à la fois des données recueillies pendant notre séjour de trois ans, et de l'impact de notre présence sur les membres de la communauté d'Etanga. Ce fut aussi le temps de plusieurs retours à Etanga et un long séjour de travail à Paris. A en juger par la richesse et la diversité de la matière brute recueillie, ainsi que par la dignité et la convivialité d'un récent déjeuner qui eut lieu dans les bureaux du projet à Windhœk, en présence du Chef d'Etanga, Ukoruavi Tjambiru, et une délégation de ses conseillers, Les années Ovahimba est bel est bien vivant ! Cependant, nous avons reçu de nos deux bailleurs de fonds principaux, le Ministère des Affaires Etrangères et La Ford Foundation, une échéance pour la fin de 2003 pour la rédaction définitive de la Collection Les années Ovahimba . Pour respecter cette date limite, il faudra aussi que le Centre de ressources communautaires d'Etanga soit construit et mis en place ; donc, plus que jamais, nous aurons besoin de votre soutien et enthousiasme.

SEPTEMBRE A ETANGA

A la fin de ma dernière lettre, « Nouvelles d'Etanga », que beaucoup d'entre vous avez reçu au mois d'août de l'année dernière, j'ai fait mention du fait que Kakaindona m'avait appelée pour m'informer que la circoncision de Tjimbosi, son dernier né, devrait avoir lieu sous peu. Au début du mois de septembre, je suis repartie à Etanga, sachant que la cérémonie pourrait ou non avoir lieu, mais que d'autres choses étaient censées se produire, et ce fut le cas.

A mon arrivée à Etanga, accompagnée de trois jeunes espagnols, on m'informa que le Chef était parti à Ombuende, pour la fin d'une cérémonie de deuil de sa famille paternelle, et que la circoncision ne pourrait pas avoir lieu avant son retour. Sachant que j'étais en route pour Etanga, le Chef m'avait laissé un message me demandant de venir le chercher à Ombuende. Après un jour de repos à Etanga, le lendemain après-midi, nous sommes partis pour Ombuende, accompagnés des enfants du Chef, Kapandi, Pokanjo et Kakaindona.Il faisait presque sombre quand nous sommes arrivés à Otjitanda, le dernier village avant Ombuende. Alors que nous avions atteint Otjihende, juste avant le col de Van Zyl, [1] Pokanjo nous a dit que nous avions manqué la route d'Ombuende. Après plusieurs heures de route, de broussailles, et de nombreux fou-rires, tandis que des hommes venus des domaines environnants nous montraient le chemin à pied, des lumières de feux lointains nous menèrent vers le domaine familial du Chef.

A l'approche du domaine, nous fûmes témoins d'une scène inoubliable. Des appentis de fortune faits de branches de Mopane, utilisés pour pendre des couvertures afin d'avoir de l'ombre dans la journée, ressemblaient alors à des lanternes, avec du feu au milieu, soulignant les silhouettes de petits groupes de gens blottis les uns contre les autres. En nous arrêtant, dans l'obscurité d'une nuit sans lune, nous pouvions à peine discerner les grands troupeaux de bœufs, moutons et chèvres rassemblés autour du domaine, mais nous pouvions les sentir et les entendre. De l'intérieur on entendait des clappements de mains en rythme et des chants harmonieux d'hommes et de femmes jouant à l'Ondjongo.  [2] Ce fut une expérience rare ; odeurs de bétail, de terre et de viande, reflets de flammes dansant sur des visages, voix résonnant dans la nuit… Je n'ai pas tenté de la filmer. Dans la vie, comme en anthropologie, il est de ces moments où l'on devrait simplement se poser.Quelqu'un fut envoyé pour appeler le Chef. Il vint nous saluer avec la réserve coutumière des Ovahimba. Le reste de la soirée se passa autour d'un petit feu près du domaine. Nous apprimes au Chef une chanson espagnole parlant des chèvres. Comme les chèvres représentent une monnaie d'échange dans l'économie des Ovahimba, la chanson fut dûment traduite en Otjiherero et chantée avec sa mélodie originale jusqu'au petit matin.

Le lendemain, nos amis espagnols durent retourner à Windhoek. Nous les accompagnames jusqu'à la piste principale. Là, on leur dit de tourner à droite à la route “ principale ”, à droite encore à la petite montagne d'Otjitanda puis, ils seraient alors sur la route de Windhœk. Pour les rassurer, on leur dit le « merde » coutumier ; ainsi commença le voyage de seize heures qui les attendait.Kapandi, Kakaindona, Pokanjo et moi-même devions encore attendre trois jours pour la clôture de la cérémonie de deuil. De plus en plus de bétail arrivait, gardé par de jeunes hommes, en attendant d'être réparti entre les héritiers du défunt. J'ai filmé les anciens sous leur abri de fortune devant l'autel sacré, pendant qu'ils palabraient à voix basse, pendant qu'ils donnaient l'ordre d'abattre d'une autre tête de bétail, et pendant qu'ils mangeaient de la viande en quantité. La viande était réservée aux hommes, et après deux jours sans presque rien manger, j'allai voir les anciens et dit : « Mba tandjara, ndji pao onjama. » [3] Ils protestèrent parce que la viande était réservée aux hommes seulement. Je répondis alors que je n'étais pas une femme Omuhimba, et le Chef demanda à part « Ton nom, n'est-il pas Tjambiru ? » Ils me donnèrent quand même de la viande mais pas sans une promesse solennelle que je n'en donnerais pas aux femmes. Kapandi gardait la tête haute et refusait d'en prendre. Pokanjo prit tout ce que je voulais bien lui donner, et Kakaindona et moi-même allâmes partager ce qui restait, cachées derrière la voiture.

Trois jours plus tard, sur le chemin du retour à Etanga, Kakaindona me demanda de m'arrêter quand nous atteignîmes la gorge étroite après Otjitanda ; ils voulaient monter sur la montagne sacrée. Le Chef resta dans la voiture. Je pris mes caméras et les suivis en haut de la falaise escarpée et glissante. A mi-chemin, Kapandi, Pokanjo et Kakaindona commencèrent à arracher des arbustes et à les lier en bottes qu'ils lançaient en bas des falaises. Je reconnus les feuilles de cette plante utilisée pour faire du parfum, comprenant alors la raison de notre montée. Tout en cherchant à garder mon équilibre sur les rochers glissants, mes mains étant prises par les caméras, j'essayai de capturer leur agilité pendant qu'ils se déplaçaient sur les falaises, retirant les arbustes, soulevant les bottes sur leurs têtes et les lançant vigoureusement pour qu'elles tombent le plus loin possible. Ils semblaient s'amuser de me voir en train d'escalader les rochers, caméras en main, essayant de filmer ce qui pour eux devait être une tâche banale, avec le confort supplémentaire d'avoir un véhicule pour transporter les arbustes à Etanga. Le Chef vint nous aider à porter les bottes alors que nous descendions, et il me vient toujours à l'esprit combien l'humain devient simple dans ces moments intimes et familiaux. De retour à la voiture, je sortis mes quelques oranges et pommes restantes, provisions que je portais discrètement avec moi afin de pouvoir tenir lors des journées de cérémonies « viande pour homme ». Chacun d'entre nous cherchait une pierre pour s'asseoir, et à l'ombre clairsemée d'un arbre, dans le silence, nous dégustâmes les fruits juteux.

Je savais que la cérémonie de circoncision n'allait pas avoir lieu dès notre retour à Etanga. Les nouvelles du voyage devaient d'abord être partagées et un moment de repos était nécessaire. Quand je commençai à entendre parler d'une cérémonie des esprits pour Kazinguruka, l'épouse du Chef, et sachant que mon départ pour la France était imminent, je pensais qu'il valait mieux oublier la circoncision pour ce voyage. Dans le travail de terrain, tout est question de temps. Parfois on reste trop longtemps et parfois on part trop tôt. Il y a des moments où il convient de poser des questions, de filmer, de plaisanter, et il y en a d'autres où il convient de se retirer dans un état « d'inattention flottante ». J'empruntai alors le balai en queue de bœuf de Kazinguruka pour nettoyer ma tente. Je lavai mes vêtements, et fis ma toilette tant bien que mal. Je tirai le groupe électrogène loin de la maison et rechargeai les batteries de mes caméras. Je nettoyai mes appareils photo et pris des notes. Quand tout fut fait, j'allai m'allonger sous l'arbre à palabres, écoutant les va-et-vient en somnolant, mais prête à partir au moindre signal.

En tant qu' hôte inattendue on ne perçoit pas toujours les bons signes. C'était le crépuscule. J'étais revenue sous ma tente, quand on me fit signe de venir filmer la cérémonie d'esprits de Kazinguruka dans son « ondjuwo ». [4] Je compris seulement à cet instant pourquoi les enfants avaient couru après un poulet en fin d'après-midi. L'ondjuwo était remplie de gens. Un feu brûlait près de la porte. On m' indiqua un endroit dans un coin sur un tas de couvertures. Je commençai à filmer. A part les crépitements du feu et les mouvements des gens, tout était silencieux. Dans l'objectif de la caméra, je ne voyais rien d'autre que les flammes et, ici et là, des reflets de lumière qui vacillaient sur les bracelets en cuivre, des coquillages pendus entre les seins des femmes et le blanc des yeux des gens. Personne ne parlait. Dans ce silence sacré, Kakaindona ouvrit une marmite et commença à distribuer à chaque personne présente des morceaux de poulet bouilli. Nous mangeâmes dans le silence et lui rendîmes les os qu'elle remettait dans la marmite. « Film dans le noir », je pensais cela devrait s'appeler, alors qu'ils commençaient à taper des mains, à chanter et à « prendre [5] des esprits » tout au long de la nuit.

Les deux jours suivants furent consacrés à la cérémonie des esprits de Kazinguruka. Elle se termina par la construction de « la maison », [6] le sacrifice d'un mouton et des offrandes faites au oMakumuka, l'esprit récurrent d'un ancêtre. Le dernier soir, Kakaendona et Katjekere prirent les esprits de lions. Je demandai à un enfant de tenir une lampe à piles, pendant que je les filmais, agenouillées et soulevant des pierres avec de violents balayements de droite à gauche de leurs nattes. Kamboo vint agiter une calebasse remplie de petites pierres au-dessus de leurs têtes pour les calmer. Le reste de la soirée se passa autour du feu, à boire de la bière, à chanter, et à prendre des esprits d'un autre genre.

Le lendemain, je commençai à me soucier du moyen de rejoindre Windhoek pour prendre mon avion vers Paris. C'est alors que l'initiative de Kakaendona de m'appeler pour la cérémonie de circoncision devint compliquée. Elle ne voulait pas que je parte sans que l'événement ait eu lieu, mais Kazinguruka et plusieurs autres membres de la famille s'opposaient à cette idée tant que tous les anciens membres de la famille n'étaient pas présents. Je leur avais dit que je comptais de toute manière rester sur place un jour de plus et que ce n'était pas bien grave si cela ne se faisait pas, puis je me retirai sous ma tente. A travers le buisson de Mopane devant ma tente, je suivis les va-et-vient de Kakaendona et son mari, Ngavekupe, essayant de convaincre la famille d'accepter de faire la cérémonie. Ils partaient et revenaient , se disputaient avec leurs parents, puis venaient dans ma tente pour me dire de ne pas partir. Maintes fois, je leur dis de ne pas se soucier de moi et de laisser les choses se passer comme si je n'étais pas là.           

Le lendemain matin, Kakaindona vint me dire que je devais apporter mes caméras ; la cérémonie allait commencer. Quand j'arrivai à l'autel sacré du chef, tout le monde était là, femmes, hommes, anciens, la personne désignée pour faire la circoncision, et un petit groupe de jeunes garçons, âgés d'un an et demi à trois ans. Toure, le fils de Katjekere d'environ trois ans, fut appelé en premier. Avec une expression solennelle sur le visage, il vint s'asseoir entre les jambes de Kamboo, ce qui permit de le tenir et qu'un fil soit attaché au prépuce de son pénis et coupé. Il cria de douleur et fut rendu à une des femmes âgées qui allait s'occuper de lui. Le garçon suivant fut appelé et vint s'asseoir. L'une après l'autre, je filmai les étapes, par moments de loin et parfois de près. Pendant que je filmais, je me demandai si je devais rester à l'écart et manquer un détail ou si je devais montrer exactement comment ils procèdent. J'étais inquiète par rapport à la réaction de ces jeunes garçons s'ils étaient amenés à voir ces images une fois adultes. Ce fut un moment chargé d'émotion ; j'avais vu naître et grandir la plupart de ces jeunes garçons.

Les années de formation anthropologique et cinématographique m'avaient permis de rester concentrée sur mon travail, c'est du moins ce que je pensais…Une fois tous les garçons circoncis, soudain, le Chef sauta à côté de l'autel sacré et se mit à danser. Tout en tenant sa canne , il sautait en avant, donnant des coups de pied avec ses jambes sur les côtés, élevant des nuages de poussière et de pierres. Aussitôt, les autres hommes le rejoignirent, encouragés par le chant des femmes et les pleurs des jeunes garçons. Puis, au loin, de l'autre côté du domaine, Tjikondomboro apparut comme une petite figure dans la lumière brumeuse du matin. Avec des mouvements similaires, il dansa à travers le grand espace ouvert qui le séparait de nous. Avec chaque cri qu'il émettait et chaque mouvement de jambes, un nuage de poussière s'élevait, lui donnant l'air d'un oiseau volant au ras du sol. Pour la première fois en quatre ans, je perdis mon sang-froid. Des larmes commencèrent à couler sur mon visage alors que j'étais accroupie pour le filmer s'avançant vers moi. Les femmes remarquèrent mes larmes et se mirent à chanter plus fort. Encouragé par leur chant, Tjikondomboro, élevait ses coups de jambes encore plus haut, accentuant l'effet d'ailes de sable s'envolant du sol. Mon nez commença à couler et mes oreilles devinrent humides. Les femmes, voyant mon embarras, se mirent à rire et à ululer encore plus fort. Je ne pouvais guère faire autre chose que de continuer à filmer pendant que Tjikondomboro continuait à exécuter ses pas de danse. C'était un acte de pure beauté, ces hommes qui devenaient de grands oiseaux élégants, comme des mirages dans la brume de la lumière chaude du milieu de la journée, avec des ailes de poussière qui s'élevaient avec grâce et retombaient avec pathos [RS1]. [7]

Le reste de la journée se passa à l'ombre d'un appentis de fortune crée entre des arbres avec des couvertures. Des femmes s'occupaient des blessures des petits qui étaient allongés sur le dos, jambes grandes ouvertes. Elles mâchaient des écorces d'arbre de Mopane et mélangeaient leur salive avec des cendres pour empêcher les blessures de s'infecter. On me demanda d'aller chercher de la crème désinfectante à la clinique, et durant toute la journée, elles appliquèrent les deux remèdes en alternance.Ce soir-là, les hommes firent bouillir de la viande et façonnèrent des fourchettes en bois sur lesquelles ils mirent des morceaux de viande. L'homme qui avait fait la circoncision vint donner une fourchette à chaque garçon. Certains la prenaient avec joie, d'autres, encore empreints de douleur et de colère, détournaient la tête et se remettaient à crier. Cette fois encore, la viande était réservée aux hommes. J'étais chez moi, et l'on m'en donna sans problème mais non sans promettre de ne pas partager avec les autres femmes. Avec tant de femmes sous les arbres, je ne m'avançai pas pour en proposer et tins ma promesse. Cependant, peu de temps après, je sentis une main me donner des poussées au-dessus des couvertures. Je l' identifiai comme étant celle de Kakaendona. Je lui glissai un morceau bien gras, puis la vis se pencher sous la couverture comme si elle s'occupait de son fils souffrant, Tjimbosi.

Le lendemain matin, je pliai tentes et bagages, le dos et la nuque courbatus d'avoir filmé presque deux semaines durant sans interruption. Vint alors la tournée des au revoir, qui, avec chaque départ, devenait de plus en plus solennelle. La tête baissée, certains disaient : « Mo ko toka rune ? » [8] Le Chef me prit la main brièvement et dit : « Kaende nawa na kotoka, Opuwo. » [9] J'arrivai à Windhœk, épuisée ; il ne me restait que quelques jours pour préparer mon départ à Paris.

PARIS

Mon séjour à Paris consistait principalement à assurer un soutien continu pour Les années Ovahimba, m'occuper de tâches administratives, à acquérir des livres et du matériel non disponibles en Namibie et entretenir des liens avec le milieu universitaire.

• Le Département de la recherche du Ministère des Affaires Etrangères a confirmé son soutien pour le projet jusqu'à la fin de l'an 2003. Le Ministère aimerait que la Collection Les années Ovahimba atteigne le public le plus large possible, à la fois en Namibie et sur le plan international, notamment en France. Il est entendu que tout élément publié sera traduit en français. Vers la fin du projet, le Ministère accorderait éventuellement une aide supplémentaire afin d'assister la publication et la diffusion des divers éléments de la Collection, et, il pourrait alors participer au financement d'une exposition de la Collection en France, qui serait accompagnée d'un jeune groupe de musiciens et de danseurs Ovahimba.

• Le Musée du Quai Branly a exprimé un vif intérêt pour recevoir une exposition de la collection définitive du projet Les années Ovbahimba. Cette exposition serait accompagnée par la présence d'un groupe de jeunes musiciens et danseurs Ovahimba. Cette exposition pourrait avoir lieu lors de l'ouverture du Musée en 2004. Outre des films, photographies, dessins, etc., il pourrait y avoir des objets de l'héritage culturel Ovahimba. Ces objets viendraient des collections privées ou seraient empruntés auprès de membres de la communauté Ovahimba. [10] L'exposition tiendrait également lieu de dépôt d'archives du projet mises en scène, qui seraient accompagnées par un CD-ROM afin de rendre les documents plus accessibles au grand public. Cette exposition serait une première sur le continent.

• La Galerie Brunei de la School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres nous a invités à soumettre une proposition pour une exposition qui pourrait avoir lieu là-bas dans les deux ans à venir. Cette exposition serait accompagnée d'un groupe de jeunes musiciens et danseurs Ovahimba, et d'une série de conférences données par des spécialistes en études d'Ovaherero/ Ovahimba. Ce serait également l' occasion pour Jekura Kavari de revenir à SOAS, où il a réalisé sa thèse de Doctorat, il y a quelques années.

• J'ai présenté quelques éléments de notre travail sous le titre : « Les Ovahimba de Namibie : Un peuple pastoral en cours de sédentarisation », au Pôle parisien du Centre National de Recherche Scientifique (CNRS) pour les recherches en anthropologie, l'UPR 2147, « Dynamique de l'évolution humaine », une unité de recherche dont le travail associe des données paléoanthropologiques avec l'analyse de procédés d'adaptation de populations actuelles. Chercheurs et visiteurs qui assistaient à la présentation ont posé des questions concernant les coutumes de nourriture et la culture de cueillette des Ovahimba. N'étant pas mon domaine de spécialité, certaines questions sont restées sans réponse. Lors de mon prochain séjour sur le terrain, nous nous pencherons d'avantage sur ces questions en vue d'écrire un article sur le sujet.

• J'ai également consacré du temps au renouvellement de liens dans le milieu universitaire. J'ai eu le plaisir de rencontrer M. Claude La nglois, Président de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) et de lui faire part du projet et des perspectives d'avenir. Il m'a conseillé de rencontrer M. Michæl Houseman, Directeur du Laboratoire « Systèmes de pensée en Afrique Noire » - EPHE / CNRS.

POLE DE RECHERCHE TRIANGULAIRE

Le Ministère des Affaires Etrangères (Recherche) a confirmé son soutien pour la création d'un pôle de recherche triangulaire entre le Département de Langues africaines de l'Université de la Namibie (UNAM) avec le Dr. Jekura Kavari, le Laboratoire d'anthropologie visuelle et sonore du monde contemporain de l'Université de Paris – Denis Diderot avec le Prof. Jean Arlaud et le projet Les années Ovahimba. Le pôle de recherche est actuellement mis en place avec l'aide du Service de coopération et d'action culturelle de l'Ambassade de France à Windhœk. Le but principal de ce pôle est d'initier de la recherche en Namibie et de faciliter des échanges entre universitaires et étudiants en Namibie et en France.

CENTRE DE RESSOURCES COMMUNAUTAIRES D'ETANGA

Tout au long de l'année dernière, le projet Les années Ovahimba a travaillé sur une base de volontariat avec le Veripaka Youth Club d'Etanga sur le développement d'un Centre de Ressources Communautaire à Etanga. Si le développement de ce projet continue d'avoir d'aussi bons échos, nous sommes confiants dans le fait que la construction pourrait commencer avant la fin de cette année. Les instances internationales et locales suivantes ont confirmé leur soutien au projet :

L'Ambassade de la République Fédérale de l'Allemagne – équipement solaire
The British High Commission – équipement
La Coopération espagnole – assistance financière
Le Service de Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade française – assistance financière
Kerry MacNamara Architectes – plans de construction
The Missing Link, Teresa van Niekerk – recherche de fonds
Gamsberg Macmillan Publishers - livres
Les années Ovahimba – t-shirts, assistance financière, développement du projet.

Au début du mois de décembre, j'ai eu le plaisir d'accompagner S. E. L'Ambassadeur de France, M. Eugène Berg et M. Tristan Gervais de Lafond, Chef du Service de Coopération et d'action culturelle de l'Ambassade de France pour une courte visite à Etanga. Le Comité du Veripaka Youth Club d'Etanga a organisé une cérémonie d'accueil et a remercié la Coopération française de leur soutien au projet Les années Ovahimba. Les Membres du comité ont souligné la nécessité de projets de développement dans la région et ils ont exposé les buts et objectifs pour le Centre de Ressources Communautaires d'Etanga.

CONCLUSION

Avec des séjours sur le terrain prévus, la Collection à réaliser pour la fin de 2003, le Pôle de Recherche Triangulaire à établir et le Centre de Ressources Communautaires à construire et mettre en place, l'an 2002 sera une année bien remplie pour Les années Ovahimba .L'un de nos assistants d'Etanga, actuellement à Windhœk, Musisi Humu, est en train de nous aider à préparer la Collection. Il suit également des cours d'art et de photographie au Centre Culturel Franco-Namibien. Cela lui permettra de participer à la préparation de l'exposition au FNCC en juin, en aidant à développer des photographies. Un matin, il est venu me dire : « J'ai un rêve ! Je voudrais être chargé de l'animation culturelle au Centre de Ressources Communautaire d'Etanga. » Et voilà, c'est le serpent qui se mord la queue ! Ne serait-ce pas la plus grande réussite pour Les années Ovahimba, si ce jeune homme du pays pouvait réaliser son rêve ? Arrivé au campement un jour avec quelques dessins, il est resté composer toute une collection de dessins sur l'héritage culturel Ovahimba qui seront exposés à l'exposition en juin. Puis, il est venu à Windhœk, où il continue de travailler sur le projet ; il est en train de traiter en informatique des transcriptions et les premières traductions de l'Otjiherero en Anglais de toutes nos images. Malgré des heurts de parcours vécus avec Musisi à Etanga, nous l'admirons pour sa capacité de revenir sur ses erreurs et la ténacité avec laquelle il poursuit ses travaux dans le projet, comme ses cours au FNCC, et nous lui souhaitons bon courage.Les quatre dernières années ont représenté une période riche en enseignement pour les membres de l'équipe du projet et de la communauté d'Etanga. Ce fut également une période d'affirmation pour les membres de la communauté et une période d'enrichissement pour les membres du projet. Nous aimerions vous remercier pour votre intérêt et votre soutien au projet Les années Ovahimba.

Rina Sherman
Les années Ovahimba

[1] Le Col de Van Zyl a été nommé d'après Van Zyl, ancien administrateur de la région du temps de l'Administration sud-africaine, car il était à l'initiative de la construction de la piste qui descend vers le Marienfluss.
[2] « Ondjongo » est une forme de jeu dansé qui a diverses fonctions : loisir, accueil d'esprits, soins, etc.
[3] J'ai faim, donne--moi de la viande.
[4] « Ondjuwo » est une maison qui fait partie d'un domaine familial ou une bergerie.
[5] J'utilise l'expression « prendre des esprits », car en Otjiherero on dit : « Kambura ozombepo », ce qui signifie « prendre les esprits ».
[6] Une construction de tiges longues peintes en marques de cendre noire et de sang rouge, avec une plate-forme sur laquelle les offrandes sont placées, et, avec un moreau de tissu blanc en guise de drapeau attaché à une des tiges.
[7] Jean Rouch a souvent parlé de « Ciné-transe » pour décrire l'état du cinéaste en train de filmer. Le fait de regarder dans le viseur avec un œil et scrutant l'hors champ avec l'autre, crée une double vision qui stimule le cerveau et transporte le cinéaste dans un état d'excitation qui peut être comparé à celui de la transe.
[8] Tu reviens quand ?
[9] Go well and come back, That's it.
[10] As a general project policy, and for obvious reasons, we have refrained from collecting (buying) Ovahimba cultural objects during our various stays in the field. We have a few objects at the offices in Windhoek that were gifts or exchanges. The loan system would provide the opportunity for members of the Ovahimba community to earn revenue from their objects without losing them from their cultural sphere, as it would allow members of the public, both locally and internationally to view them and hence gain greater understanding of Ovahimba ways of life.