The Ovahimba Years
A Transdisciplinary Ethnography in Namibia and Angola
Petite Rina
Les années Ovahimba
Une ethnographie transdisciplinaire en Namibie et Angola



RAPPORT D’ETAPE

Janvier 2003

INTRODUCTION


En 1998, lorsque nous arrivions à Etanga, un pick-up chargé de l’essentiel, afin de commencer nos recherches sur l’héritage culturel avec des membres de la communauté Ovahimba, nous n'imaginions pas qu’en 2003, nous entrerions dans une phase aussi importante du projet en termes de recherche et de développement communautaire. En comptant une année de développement du projet précédant notre arrivée sur le terrain, nous débutons aujourd'hui notre septième année d’activité.

Des années d’investissement et de contact avec des membres de la communauté nous ont permis de nous orienter en partie vers une anthropologie appliquée. Nous sommes aujourd'hui en mesure de réinvestir directement dans la communauté elle-même les fruits de la compréhension et des connaissances acquises. Il est rare qu'une équipe de recherche puisse participer au développement d'une communauté de manière aussi active. Nous remercions nos partenaires financiers, nos mécènes et nos amis pour leur soutien dans nos activités de recherche et de développement communautaire à Etanga.

Premier séjour sur le terrain, domaine familial de
Katjira Muniombara, Omuramba, avril 1997

SEJOUR A PARIS

Le but de notre séjour de travail à Paris au début de l'automne 2002 fut de rendre compte de nos activités aux services du Ministère des affaires étrangères, l’un de nos principaux partenaires durant ces six dernières années, de poursuivre nos échanges avec la communauté universitaire, notamment avec l’Université de Paris 7 (Laboratoire d’anthropologie visuelle et sonore du monde contemporain), et de développer des projets de diffusion des résultats de nos recherches en France et ailleurs.

Le Ministère des Affaires étrangères et le Service de Coopération et d’Action culturelle de l’Ambassade de France à Windhoek ont donné leur accord pour poursuivre leur soutien de nos activités de recherche et de développement en 2003. Parmi les questions principales évoquées lors de nos entretiens au Ministère, figuraient la diffusion et la publication universitaire de nos résultats de recherche, à la fois en direction du grand public et de la communauté universitaire, ainsi que la poursuite à long terme de nos travaux de recherche en Namibie.

Le Pôle de Recherche triangulaire. Lors de notre séjour parisien, nos collègues du Laboratoire d’anthropologie visuelle et sonore du monde contemporain de l’Université de Paris 7 nous ont invités à présenter nos travaux aux étudiants de Maîtrise du cours "Les ethnologues par eux-mêmes". Dans cette présentation, nous avons partagé nos expériences de recherche et de développement communautaire à Etanga, et évoqué certaines des questions principales auxquelles des anthropologues font face sur le terrain.

Le Prof. Jean Arlaud, Directeur du Laboratoire, prévoit de se rendre en Namibie au mois d’avril ou mai 2003. Lors de son séjour, il présentera ses travaux et une sélection de ses films aux étudiants de l’Université de Namibie et aux institutions culturelles. Le but principal de sa visite est de se rendre à Etanga afin de filmer nos travaux avec la communauté.

En collaboration avec les collègues de Paris 7, le Dr Jekura Kavari et Rina Sherman prévoient de présenter à Paris au mois d’octobre 2003, des images vidéo et des résultats de leurs recherches sur la lecture des intestins pratiquée par les Ovaherero - Ovahimba.

Visites d’échanges. Nous avons développé un réseau de contacts pour la diffusion de nos travaux en France et en Angleterre. Ainsi, nous avons rencontré le Commissaire de la Galerie Brunei du School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres, et visité la galerie. Une date provisoire a été arrêtée pour une exposition et une série de performances et de conférences en 2004. Des festivals et des organismes culturels ont été contactés en vue d’organiser en France à la même période une exposition et des performances sur l’héritage culturel Ovahimba. Un groupe de jeunes danseurs-musiciens d’Etanga participera à ces manifestations, et ira à la rencontre d'éleveurs de bovins en France afin d'échanger avec eux autour des techniques d'élevage (visites en préparation).

SEJOURS DE TERRAIN

À notre retour de France, nous avons entrepris un nouveau séjour sur le terrain en décembre 2002. Certes, nous demeurons à Etanga des étrangers professionnels ; visiteurs inattendus, nous nous sommes cependant vus depuis longtemps assigné un lieu précis pour nos tentes dans le domaine familial d’Ukoruavi Tjambiru, chef d’Etanga. Arrivant cette fois-ci en compagnie de deux groupes d’hôtes, nous avons demandé au chef si nous pouvions monter nos tentes à l’arrière du domaine. Avec l'aplomb diplomatique qui lui est particulier, Ukoruavi répondit sur un ton d’agitation simulée : « Ceci est ma maison, ceci est ta maison, nous avons passé plusieurs saisons ici ensemble, tes amis resteront également ici. »

Si nous demeurons ouverte à l’idée d’accueillir des hôtes sur le terrain, le rôle d’intermédiaire culturel et linguistique est parfois quelque peu éprouvant. Durant nos premières années de recherche structurée, nous sommes devenue apparentée à leur culture et leur façon de vivre, et la dynamique qui existe entre nous, la famille Tjambiru et d’autres membres de la communauté, est difficile à appréhender par des visiteurs. Notre recherche participe désormais d'une réelle immersion dans la mentalité Ovahimba ; nous ne sommes plus des étrangers qui cherchent à comprendre, nous sommes des étrangers qui participent, de l’intérieur. Nous partageons les joies et les peines de la famille, en sachant d’où elles viennent, collectivement et individuellement. Cette relation privilégiée d’amitié et de parenté adoptive est le résultat de six années de présence à Etanga.

Uapingena Tjambiru, oHere, juillet 2001

Lors d’une fête nocturne donnée au domaine familial d’Ukoruavi par les membres du groupe de jeunes qui ont participé à notre récente exposition à Windhoek, une fillette a été piquée au pied par un scorpion. Après l’avoir accompagnée à la clinique locale, nous avons décidé de l’amener à l’hôpital d'Opuwo. Pour des raisons évidentes, nous avons toujours évité d’entreprendre des voyages privés, mais dans ce cas précis, la santé de la fillette était en danger. Ayant quitté Etanga vers dix heures du soir, nous sommes allés chercher les parents de la petite à Omutati où ils assistaient à un enterrement, puis nous sommes partis pour Opuwo. A l’hôpital, nous avons attendu que le médecin ait traité l’enfant et nous avons repris la route d’Etanga dans les petites heures de l'aube.

Lorsque nous sommes arrivés à 5 heures du matin au domaine familial, les autres attendaient notre retour autour du feu. Ukoruavi est venu nous voir, nous a serré la main et nous a remerciés avant d’indiquer à l'une des jeunes femmes de réchauffer la viande de chèvre qu’ils avaient gardé pour nous. La nuit avait été longue, et nous étions partis à Opuwo sans rien manger. Pendant que nous dégustions le repas, quelques bouteilles de bière tiède mises de côté pour nous ont fait leur apparition. Certains se mirent à chanter, et rapidement, la fête battait de nouveau son plein. Quelqu’un nous demanda de sortir les caméras. Le son des chants s’étirait dans la vallée. D’autres personnes arrivaient du grand domaine, de l’autre côté de l’oued. Dans la stupeur de la fatigue, nous avons filmé une danse après l’autre sous l’ombre du grand arbre, jusqu’à ce que la chaleur de midi nous conduisît à reposer nos jambes épuisées en une sieste collective.

Il est entendu qu’une expérience de ce genre ne peut arriver entre des gens que s’ils se connaissent intimement. Elle constitue un temps qui transporte l’anthropologue au-delà du domaine de l’observation raisonnée, dans les antichambres d’une mentalité méconnue de ceux qui ne la partagent pas. C’est là que se situe actuellement notre recherche, dans les rouages intérieurs de la vie et du temps de la famille Tjambiru et de leurs amis. En ce sens, le titre du projet, "Les années Ovahimba", spontanément choisi au départ, trouve aujourd'hui pleinement sa justification.

Premiers travaux : Katjaambia Tjambiru
dans son domaine familial à Wakapawe, août 1998.

CENTRE DE RESSOURCES COMMUNAUTAIRES D’ETANGA

Cette année, nos ressources et notre temps seront en grande partie concentrés sur la planification, la construction et la mise en place initiale du Centre de ressources communautaires d’Etanga. Après deux ans de développement de ce projet, le financement a été trouvé auprès du Programme de micro-projets de l’Union Européenne, la société NAMSOV et le Fonds de développement social de l’Ambassade de France à Windhoek (son montant sera bientôt annoncé). En tant que coordinateurs du projet pour la communauté, nous cherchons actuellement à créer une équipe de travail entre les partenaires financiers, les architectes et les membres de la communauté afin de réunir ressources et énergies respectives autour d'un but commun, celui de finaliser la planification, la construction et la mise en place du centre.

Ce projet est unique à plusieurs titres.

D’un point de vue historique, c’est le résultat d’un partenariat de six ans entre les membres de la communauté et notre équipe de recherche. Dès les premiers temps de notre séjour à Etanga, lorsque des membres de la communauté nous demandèrent de les aider à créer un centre à Etanga, cette proposition nous impressionna. La confiance et l’amitié mutuelles qui se sont créées entre nous avec le temps ont fondé un partenariat suffisamment fort pour convaincre les partenaires financiers de la viabilité du projet. Cela nous a également permis d’orienter notre activité de la recherche pure vers l’anthropologie partagée, et par conséquent, d’investir le savoir acquis durant des années de recherche directement dans la communauté.

Par ailleurs, il est assez rare qu'une communauté rurale, telle que celle formée par les habitants d’Etanga et de ses environs, prenne en main son propre destin et développement de façon si sérieuse et dynamique. Depuis nos débuts à Etanga, des membres de la communauté, à des niveaux différents, ont exprimé le désir et la volonté de développer leur communauté, à travers des projets culturels, des actions de formation et des activités économiques. Leur persistance et leur détermination ont été des facteurs décisifs dans notre décision de joindre nos forces aux leurs afin de mener ce projet à bien.

Kazinguruka “Omukurukaze ” Tjambiru, oHere, juillet 2001

1. Planning. Nos partenaires financiers ont donné leur accord de soutien pour le Centre de ressources communautaires d’Etanga sur la base d’une proposition détaillée. Cependant, nous sommes d’avis que le processus de planification finale, avant la construction, constituera une des étapes cruciales afin d’assurer le succès du projet global. Ont été incluses dans notre proposition des informations concernant les besoins en termes d’espace, les différentes activités du futur Centre, les plans conceptuels, et les aspects financiers. En liaison avec des architectes et des membres de la communauté, chacun de ces aspects devra être étudié précisément afin d’établir des plans de construction détaillés. Les plus larges options possibles ayant été envisagées, les espaces et les fonctions doivent être réduits afin d'aboutir à un Centre qui sera fonctionnel et adaptable polyvalent, pouvant fonctionner dans sa globalité comme en unités séparées. La façon dont les gens occupent et utilisent un nouvel espace est déterminant pour son succès à long terme.

Le Centre fonctionnera à différents niveaux croisés afin de servir les besoins de développement de la communauté. Il servira de lieu de rencontres, de centre de communications et d'information, de centre de formation, de centre d’initiatives économiques à court et long terme, et de centre d’héritage culturel. Tous les niveaux d’informations doivent être pris en compte dans la planification finale du Centre. La planification constitue par conséquent un processus clef et entier de la réalisation de ce projet. Il est ici important de prévoir la pleine participation des membres de la communauté dans ce processus.

2. Construction La construction sera réalisée sous la supervision de Kerry McNamara Architects. Le développement et la construction rurale constituent un intérêt professionnel de premier ordre pour M. McNamara, qui bénéficie de plusieurs années d’expérience précieuse dans ce domaine. Construire dans une région éloignée peut devenir une opération complexe, la plupart des matériaux de construction et d’équipement devant être transportés d’un lieu central jusqu'au site de construction. La supervision et la surveillance du processus de construction est essentielle afin d’assurer la qualité et la durabilité du bâtiment dans le long terme. En outre, des membres de la communauté qui fourniront de la main-d’œuvre non qualifiée devront être incorporés à l’équipe de construction en accord avec les normes pratiquées et de façon satisfaisante pour l’équipe de volontaires. Il est par conséquent nécessaire que le processus de construction soit effectué sous la responsabilité et la supervision contractuelle des architectes.

3. Réalisation. Convaincre les donateurs de la nécessité d'un Centre de ressources communautaires à Etanga aura demandé des moyens et une énergie considérables. Aussi sa réalisation est-elle pour nous un élément clef dans son succès à long terme.

Les conséquences de la construction du Centre à Etanga doivent être prise en compte dans sa planification. La spécialisation croissante des activités – l’art et l’artisanat, l’élevage, les rituels, le travail, les loisirs, etc., n'étant plus limités à un espace et un temps spécifiques – implique une différentiation des relations au sein de la communauté et en rapport avec le monde extérieur. Lorsqu'une activité quelconque au sein de la société devient plus spécialisée, sa signification et sa fonction de base peuvent se voir redéfinies. Ce processus de déplacement d'une relation quelconque, de son contexte d'origine vers une autre sphère de perception symbolique, peut l'amener à évoluer de manière différente dans ce nouveau cadre. Ce phénomène se produit de façon courante et constante dans la société humaine, et ses conséquences doivent être prises en compte dans réalisation du Centre.


Vaanderua Muharukua mène une cérémonie
Nocturne “ d’Ondjongo ”, oHere, avril 2002.

En tant que lieu de rencontre pour des formations diverses au sein de la communauté, le Centre devra contenir un espace central permettant une circulation aisée entre l’intérieur et l’extérieur, et offrant une vue sur l’extérieur (vice-versa). Le centre de communication et d’information (informatique), ainsi que les espaces attribués aux activités diversifiées auront besoin d’espaces séparés et clos dans lesquels des gens peuvent suivre une formation et mettre en place des activités économiques. Il est important que de tels espaces puissent être fermés afin d’assurer la sécurité du matériel et des équipements. Les résultats de nos travaux de recherche (copies de photographies, films, dessins et textes, etc.) seront mis à la disposition du Centre, son espace central servant également de centre d’héritage culturel. Ces éléments pourront être utilisés par les membres de la communauté comme clefs pour l’interprétation de leur culture à l'intention des touristes, ce en relation avec le secteur touristique du camp d’Etanga, actuellement en développement.

Nous comptons nous appuyer sur différentes sources pour la mise en place des activités du centre, tels des donateurs étrangers pour ce qui est de l'équipement, des structures de formation et des consultants free-lance pour ce qui est de la formation, des institutions culturelles et autres initiatives privées pour le développement des activités culturelles, ainsi que le secteur privé et des organismes de conservation et de tourisme, en articulation avec les ressources du centre et celles du camp, alternativement.

FINANCEMENT. Si le projet Les Années Ovahimba devait rester actif dans la communauté d’Etanga en tant qu’équipe de recherche et de développement, ce au-delà de la construction et de la mise en service du centre, il sera nécessaire de solliciter des financements au-delà de la fin 2003.

A la fin de l’année 2002, l’Ambassade d’Allemagne a fait une donation généreuse au Veripaka Youth Club d’Etanga sous forme de panneaux solaires. Ces panneaux sont destinés à être utilisés par l’école qui sert de centre communautaire après les heures de classe, et seront éventuellement installés dans le Centre dans le cadre de sa construction.

Pour la deuxième année consécutive, le bureau de Coopération de l’Ambassade d’Espagne a accordé à l’Ecole primaire d’Etanga du matériel et de l’équipement de maintenance. Ce matériel sera livré dans les mois à venir.

Alex Zacharia du PC Centre a proposé ses services en tant que consultant volontaire pour la conception et la planification du centre d’information et de communications. L’utilisation de l’informatique à des fins de communication et de formation tiendra compte des différents niveaux d’application au sein de la communauté d'Etanga. L’interface de ce parc de matériel sera conçue pour accueillir tant les groupes alphabétisés que les groupes non alphabétisés de la communauté.

Durant le premier trimestre, nous prendrons contact avec différents partenaires potentiels pour la réalisation du Centre.

CONCLUSION. Une publication du Festival International du film d’Amiens, Le Film Africain & Le Film Sud, Novembre 2002, N° 41, inclut un dossier sur notre travail à Etanga. Sous le titre, Les années Ovahimba, ce dossier réunit des extraits de rapports d’étapes et d'autres textes, ainsi que des photographies, proposant une vue d’ensemble de notre travail sur le terrain.


Dans nos efforts d’assurer le financement de nos activités, il nous est apparu qu’il est parfois plus difficile de trouver des financements adéquats pour nos activités de recherche que pour du développement communautaire. L’importance de nos premières années de recherche sur le terrain est devenue évidente dans l'actuel croisement de notre travail de recherche et notre travail de développement à Etanga. Sans cette longue période de travail de fond sur le terrain, nous n’aurions pas eu la compréhension, l'appréciation et le recul nécessaires pour accomplir la tâche de coordination du développement du Centre de ressources communautaires. Nous entrons dans notre septième année de travail à Etanga ; nous espérons accomplir nos tâches dans le courant de cette année de manière satisfaisante pour tous ceux que ces projets concernent, membres de la communauté, partenaires financiers, mécènes et collaborateurs.

Pour finir, nous remercions nos partenaires financiers pour l'intérêt soutenu qu'ils ont manifesté en faveur de nos activités de recherche et développement communautaire à Etanga, notamment le Ministère des affaires étrangères, la Fondation Ford, Standard Bank Namibia, Caltex Namibia, l’Ambassade d’Allemagne, le bureau de Coopération de l’Ambassade d’Espagne et tous ceux qui sont mentionnés sur la liste complète ci-après.


La première tente de Rina Sherman à oHere, Etanga, 1998