The Ovahimba Years
A Transdisciplinary Ethnography in Namibia and Angola
Petite Rina
Les années Ovahimba
Une ethnographie transdisciplinaire en Namibie et Angola

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Journal d'une lycéenne en voyage au pays Ovahimba…


Le jeudi 16 juillet 1999

A six heures trente, la fille s'est levée Mon cerveau engourdi n'a pas tout de suite enregistré la voix rauque qui feulait: "Miss, wake up!" Puis une grosse paluche s'est abattue sur mon épaule, j'ai bondi hors de mon duvet : "What is the matter?" et j'ai senti (ça commence vraiment tôt le matin, faudrait pas que ça devienne une habitude !) mon coeur cavaler comme un cheval fou dans ma poitrine, avec l'ardeur amère de l'angoisse de la veille.Le chauffeur m'a de nouveau secoué : "Your friend is here!".

"My friend", le temps que mon esprit embrumé comprenne, la porte était ouverte et me voilà nez à nez avec une femme blanche, véritable apparition dans la lumière laiteuse et glacée du matin. C'est Rina Sherman, elle a l'air aussi stupéfaite que moi... Je lui explique rapidement qui je suis (Dieu merci elle parle français !), elle me demande de ramasser mes affaires en vitesse et elle m'emmène à son campement. Elle m'explique qu'elle est très pressée parce qu'elle doit aller à Opuwo aujourd'hui pour récupérer un de ses employés à l'hôpital, qu'elle est déjà en retard, etc... Il y a des jours à se taper la tête par terre, j'aurais du attendre un jour de plus !

Elle me présente à ses employés qui gardent le camp : Nico et Nelda.

Je m'installe près du feu, enfin un peu de chaleur, le soleil se hisse doucement entre les montagnes bleutées, orange et pourpre sanglante dans la lumière blafarde, il semble être juste une boule de couleur sans éclat dans ce désert de gris. J'approche mes mains presque jusque dans l'âtre, je me sens tellement bien tout à coup. On m'apporte un petit déjeuner, c'est ma première expérience de la terrible bouillie de maïs mil dont m'avait parlé Tom. C'est pas si mauvais !

J'ai passé toute la journée au campement, j'étais fatiguée et je n'ai pas osé m'aventurer trop dans les rochers et les buissons épineux qui forment le désert du Kaokoland. Juste à côté, il y a un campement Himbas, j'aperçois de temps à autre une silhouette longiligne coiffée d'un curieux chignon, des plaintes sourdes et déchirantes s'élèvent en une mélopée pathétique au-dessus du camp, qu'est ce qui se passe ?!! Nico m'explique en anglais qu'un enfant est mort empoisonné par un sorcier et que tout le camp est bouleversé... Je ne comprends pas tout.

On monte ma tente, je me lave dans une bassine, me voilà nue en plein désert.

Sensation étrange de se retrouver dévêtue au milieu du rien, dans la rocaille et les buissons rabougris, sensation primitive, j'ai eu envie de rester nue et de marcher seule ainsi, comme une prise de conscience tardive de la réceptivité de toute la surface de mon épiderme.

La journée s'est écoulée rapidement, le temps d'adapter mes sens à ce nouveau décor et que je réfléchisse à la suite des opérations. Vers dix sept heures, Rina est revenue dans son énorme 4x4 avec Tchomy son très bel employé Himbas et le jeune et charmant Magie, qu'ils étaient allés chercher à l'hôpital. Quand il m'a vu, Magie a fait une drôle de tête qui a fait rire Rina puis il a dit quelque chose en Himba qu'il a immédiatement traduit : ''She is so beautiful!" J'ai rigolé bêtement, flattée mais gênée.

Tous ont un rôle précis dans ce camp et de plus tous parlent au moins deux langues mais seule Rina parle français. Je me suis sentie inutile toute la soirée, incapable de comprendre quoique ce soit.

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